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Histoires d'expat

Histoire d’expat : Nicolas, enseignant aux USA, Utah

L’expatriation fait rêver beaucoup de monde, et pas que les voyageurs ! Alors pour ceux qui l’ont fait, pourquoi l’ont-ils fait ? Comment cela s’est-il passé ? Découvrez les histoires pas comme les autres de ces Français expatriés. Après Mélanie enseignante en Californie, Fany en Thaïlande, Fabrice en Inde et Cid en Chine, voici Nicolas, enseignant aux USA, en Utah.

Pourquoi as-tu choisi de partir travailler à l’étranger ? Pourquoi aux Etats-Unis ?

Ça faisait une paire d’années que je regardais d’un œil distrait les possibilités offertes aux enseignants pour partir à l’étranger. En gros, il y a trois statuts avec des modalités et des conditions différentes. Je regardais la liste des postes sans trouver un endroit idéal où m’installer avec ma femme et mes deux enfants.

C’est en 2019 que tout s’est brusquement accéléré. Des vacances d’été à New York, une dizaine de jours à parcourir cette grande et fascinante mégalopole, une impression d’énergie incroyable et de gentillesse des gens croisés pendant le séjour. À notre retour, nous avons décidé d’essayer de tenter l’aventure.

J’ai envoyé quelques CV à des écoles françaises aux Etats-Unis, j’ai même décroché deux entretiens, un sur la côte est, l’autre en Californie, et c’est finalement un email reçu sur la boîte électronique de mon école qui m’a permis de faire avancer le projet. Le programme Jules Verne, un système d’échange entre la France et les Etats-Unis, principalement l’Utah, qui a pour but d’envoyer des enseignants français dans des écoles publiques américaines offrant un enseignement DLI : Dual Language Immersion. Les enseignants partent en détachement, pour un ou deux ans, dans une école partenaire pour apprendre le Français à deux classes de petits Américains, en binôme avec un collègue américain.

Evidemment, à part le Grand Lac Salé, la présence des mormons et les jeux olympiques de Salt Lake City, je ne savais pas grand-chose de l’Utah. Les premières semaines ont donc été un grand dépaysement. Ni ma femme ni moi n’avions un attrait particulier pour les grands espaces de l’ouest. Nous savions en revanche que notre niveau d’Anglais ne simplifierait pas les choses.

Pour tout savoir du programme Jules Verne : https://eduscol.education.fr/1232/programme-de-mobilite-internationale-jules-verne

Enseignant aux USA : comment s’est passé le recrutement ?

Côté français, la présélection des candidats a été opérée par le rectorat. Je suis allé à une réunion d’information sur le programme Jules Verne, puis la procédure a été compliquée par le début de la crise du Covid et la survenue du confinement. Ma candidature a finalement été retenue.

Ensuite, ce sont les écoles américaines qui choisissent leurs futurs professeurs. J’ai passé un entretien début juin, et quelques heures plus tard, en plein milieu de la nuit, j’ai reçu un email m’informant que j’étais pris ! Nous avons réveillé les enfants pour leur apprendre la nouvelle, accueillie avec des “ouais, super !” endormis.

Hélas, quelques jours après, alors que j’avais presque terminé la procédure des visas, le chemin de croix a commencé avec le travel ban : la décision du président Trump de fermer les frontières. Cette fermeture menaçait la survie de nombreux programmes comme Jules Verne, et les autorités des états concernés, ainsi que l’ambassade de France, ont finalement pu obtenir des exemptions ; mais ces négociations ont pris du temps, et ce n’est que mi-juillet, après de longues soirées à attendre une réponse, que nous avons finalement eu le feu vert.

Il ne restait que peu de temps pour prendre RDV à l’ambassade des USA, puis récupérer les visas. Trouver un vol en plein Covid, préparer les valises et mettre en ordre la maison avant de partir. Après 24h de voyage et 2 correspondances dont une dans un aéroport JFK désert, nous avons finalement atterri à Salt Lake City.

Quelles ont été les conditions d’accueil ?

A la descente de l’avion, une dame nous attendait, qui brandissait une pancarte : ma partner teacher. C’est elle qui nous a conduits jusqu’à la station de ski très chic, dans les Wasatch Mountains, à 30 minutes de Salt Lake, qui allait être notre lieu de vie pour les deux ans à venir. Dans les premiers mois, ma partenaire a été d’une aide précieuse. Elle m’a tout expliqué : le fonctionnement de l’école, les paperasses, les démarches administratives.
Cette personne a fait preuve de beaucoup de patience et de gentillesse, essayant de comprendre mon mauvais Anglais. Elle parlait doucement pour que je comprenne, répétant ses explications quand elle voyait que je ne comprenais pas.

Une autre dame, une parent d’élève du district, nous a aussi beaucoup aidés : elle nous a trouvé un appartement, une voiture, a aidé ma femme pour l’inscription des enfants au collège et au lycée. Elle a été extraordinaire. A peine deux jours après l’atterrissage, j’ai poussé la porte de l’école pour deux jours de formation, et la rentrée est arrivée très vite.

C’est difficile, de s’installer dans un nouveau pays, et c’est assez cher : les billets d’avion, la caution de l’appartement, l’achat de la voiture, quelques vêtements et fournitures car nous étions partis avec le minimum. Il faut compter presque $10,000. Les loyers sont ceux d’une station de ski : exorbitants.

Heureusement, nous sommes vite tombés amoureux de la vallée : c’est si beau ! Les couleurs du début d’automne sont incroyables,
les paysages immenses, la montagne très différente de ma Savoie natale. Le 20 août 2020, mon fils cadet, impressionné et un peu perdu, est monté pour la première fois dans un school bus jaune, son grand frère a pris le chemin de la high school, guère plus rassuré, et j’ai accueilli mes élèves.

Comment s’est déroulée ton intégration ? Aussi bien dans l’établissement que dans le pays ?

J’ai abordé l’année scolaire 2020-2021 avec 13 ans d’enseignement au compteur. Et pourtant j’ai eu l’impression de commencer un nouveau métier. Faire classe à des élèves dont le Français n’est pas la langue maternelle, c’est vraiment différent ! De plus, le confinement ayant duré jusqu’à la fin de l’année précédente, ils n’étaient pas venus à l’école depuis 5 mois, et avaient du mal à reprendre leurs repères d’élèves.

Enfin, la pédagogie américaine est à mille lieues des habitudes françaises. Elle est basée sur le renforcement positif, l’omniprésence de rituels, une façon particulière de découper les séances. Le rythme de la journée et de la semaine ne sont pas les mêmes.

Parallèlement, j’ai navigué à travers les paperasses : la carte grise, le numéro de sécu, l’électricité et le gaz, le téléphone, l’assurance de la voiture… Ça n’a l’air de rien, mais quand on ne parle pas bien Anglais, tout est compliqué et on se sent tellement stupide ! Heureusement, j’ai été beaucoup aidé par ma partner et la maman d’élève.

Les semaines se sont succédées, apportant chaque jour une découverte. Tout semble similaire à la France, et tout est pourtant différent. Les nuits sont devenues plus froides, et un jour, la première neige.

Dès l’ouverture de la station nous étions sur les pistes, mes enfants faisant leurs premières descentes, et ma femme et moi essayant de nous souvenir comment faire su ski pour elle, du snowboard pour moi. Nous n’avions jamais habité dans une station, l’ambiance y est vraiment particulière.

Ce premier hiver à 2000m d’altitude a été merveilleux. Il fait froid mais il fait toujours beau. La cour de récréation a été enneigée de décembre à avril, nous avons skié tous les weekends et les vacances, et bientôt ce sont mes enfants qui m’ont attendu sur les pistes. J’ai découvert par exemple que pour les américains, il suffit de mettre un panneau en haut d’une forêt pour en faire une piste. Il faut alors se débrouiller pour descendre entre les arbres.

Que t’a apporté cette expérience ?

Mes enfants ont adoré ces deux ans en Utah. L’ambiance Middle School et High School est sooo cooool.  Les rapports avec les professeurs sont différents, on peut faire des tas d’activités super fun. Ils sont arrivés sans parler Anglais et sont maintenant parfaitement à l’aise. D’un point de vue professionnel, j’ai beaucoup appris dans mon école. La formation continue est très intéressante, j’ai pu découvrir des nouveaux trucs pédagogiques. On m’avait prévenu que les parents d’élèves étaient très “consommateurs d’école”, mais j’ai réussi à construire des rapports cordiaux avec eux, en particulier cette année avec un meilleur niveau d’Anglais.

Ma femme, quant à elle, a embrassé la carrière ! Elle a obtenu un permis de travail et a commencé à remplacer à la journée des professeurs de Français dans le district, avant d’enchaîner deux remplacements de congé maternité. Elle a adoré cette expérience. Et d’un point de vue personnel, quelle aventure de découvrir un pays comme les Etats-Unis ! Las Vegas, Los Angeles, Chicago, San Francisco, Denver, le Grand Canyon, Yellowstone, Monument Valley, Arches National Park, les hautes plaines du Wyoming, la traversée du Colorado et du middle West, le désert du Nevada, la vallée de la mort, les sources chaudes… Il nous faudrait 10 ans pour voir tout ce que l’Ouest cache encore !

Mais parfois, il suffit de sortir de la maison pour être époustouflé. Je suis un trail runner, et j’ai passé deux ans à courir la montagne autour de chez moi, étonné chaque jour par le nombre d’animaux sauvages qu’on peut croiser, parfois au milieu d’un lotissement : porcs-épics, marmottes, écureuils, cerfs, wapitis, serpents, et les élans, les rois de la forêt ! C’est toujours impressionnant de croiser un élan, ses 600 kg et son air tranquille, presque amusé de voir un bipède transpirant dans son tee-shirt bariolé. Il est interdit de chasser dans la vallée, et les animaux ne sont pas effrayés par l’homme. Les mamans élans viennent avec leurs petits se reposer dans les jardins, où elles savent qu’elles seront à l’abri des pumas ou des coyotes.

Enfin, en deux ans, on peut observer comment les Américains vivent. C’est l’Ouest avec des chapeaux de cow-boy ou le combo cheveux longs – moustache – casquette.  C’est une station très chic avec des reines de la chirurgie esthétique, et c’est la montagne avec beaucoup de gens qui marchent, courent, font du vélo ou du ski de randonnée. J’ai cru commencer à comprendre cette mentalité de l’ouest des montagnes rocheuses, où on a le sourire facile, où on aime les gros pick-ups mais aussi la nature et les animaux. Où on pousse la porte du bar pour manger un gros steak et boire une bière bien fraîche en écoutant du rock un peu country.

Mes élèves sont les descendants des pionniers qui, un jour de 1847, ont arrêté leurs chariots en face d’un grand lac au pied des montagnes en disant : “this is the place”. Je suis fier et honoré d’avoir pu vivre pendant deux ans dans cette communauté.

Dans son interview, Mélanie qui a enseigné en Californie, nous a fait part de ses difficultés financières. Avez-vous été confronté aux mêmes problèmes ?

Les conditions qui m’ont été offertes sont bien différentes de ce que j’ai lu pour la collègue en Californie. J’ai travaillé dans une école publique, qui dépend d’un district conscient que la vie sur place est chère, et qui propose des salaires attractifs. J’ai touché environ $5,300 par mois l’année dernière, et presque $5,500 cette année.
C’est net d’impôt car en vertu d’un accord fiscal, on ne paie pas d’impôts les deux premières années (c’est un spécialiste fiscal qui a fait la déclaration pour nous, parce qu’on n’a rien compris aux papiers, et mes collègues américains non plus). On a touché une prime Covid de $1,500 accordée par le gouverneur en 2021. Les formations sont rémunérées, et le district finance en grande partie l’assurance santé pour toute la famille : cette année nous avons payé $85 par mois pour tous les quatre, avec des franchises, certes, mais une très bonne couverture. Bien sûr, on ne va pas chez le médecin pour un oui ou pour un non, et on a seulement 11 jours de congés maladie par an : si on est malade plus longtemps, c’est sans solde. Idem pour le congé maternité.
Côté loyer, il y a une vraie flambée des prix en Utah, elle s’est amorcée en 2018 et s’est amplifiée avec le Covid et tous les Californiens qui sont venus travailler ici en remote. Nous avons payé $2,150 l’année dernière pour un 3 chambres dans la station, presque au pied des pistes, et $1,900 cette année pour un 2 chambres à un mile de l’école. Les logements sont sympas, la vue est jolie, mais ce n’est pas donné ! Les loyers sont moins chers à Salt Lake City, mais c’est dans la vallée, il y a un phénomène appelé « inversion » qui bloque l’air l’hiver et crée un nuage permanent de pollution, et la perspective de prendre matin et soir le canyon sous la neige, avec les camions qui roulent à tombeau ouvert, n’est pas engageante.

Y a-t-il un point négatif à cette expérience ?

Je me rends compte que je suis très positif, peut-être à l’excès, mais nous avons vraiment passé deux années formidables, dans un endroit hyper privilégié, une sorte de petite bulle au milieu de cet immense pays. Les voyages que nous avons faits nous ont permis d’apercevoir une Amérique différente, parfois pauvre, parfois violente, contrastée, agitée par des débats qui la fracturent, comme récemment sur les armes à feu. La réunion improvisée dans la bibliothèque au lendemain du mass shooting d’Uvalde, et où le directeur nous a rappelé la procédure en cas de « active shooter drill », n’était pas un moment très agréable.

Quels conseils donnerais-tu à un enseignant qui souhaiterait partir travailler aux USA ?

Ne pas avoir peur de se lancer ! Les premiers temps vont être ardus, les premiers mois difficiles à boucler, mais le voyage est vraiment beau. La découverte vaut le coup. On apprend chaque jour une nouvelle petite chose, un nouveau mot, une nouvelle différence avec la France. Les gens sont vraiment gentils, accueillants, il suffit de dire qu’on est Français pour qu’on nous propose de l’aide. Les paysages sont à couper le souffle.

Ma femme et moi ne sommes pas des champions de l’organisation, et pourtant nous avons pu traverser ces deux ans en famille, en offrant à nos deux ados une expérience inoubliable. Nous repartons en France dans 10 jours, la tête pleine de beaux souvenirs.

 

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