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Histoires d'expat

Histoire d’expat : Fany et sa vie en Thaïlande, entre autres…

Créatrice et auteure de l’excellent blog Hit the road Jeanne, notamment mis en avant par Madame Figaro, Fany est expatriée depuis plus d’un an en Thaïlande à Koh Chang. Lors de cet entretien, elle va revenir sur son parcours mais aussi sur sa vie d’expatriée en Thaïlande mais aussi à la Réunion et en Pologne où elle a séjourné précédemment. Voici une nouvelle histoire d’expat !

 

Fany, créatrice du blog Hit The Road Jeanne

 

Bonjour Jeanne, peux-tu retracer ton parcours scolaire post-BAC ?

Bonjour, oui, bien sûr, j’ai un parcours universitaire et professionnel un peu désordonné.

En 2006-2007, j’ai fait une “année 0”, une année 0 ne compte pour rien, c’est juste pour le plaisir d’apprendre. J’ai fait Langues et Cultures Etrangères Allemand à Grenoble (j’avais juste envie d’apprendre l’allemand après avoir choisi espagnol en deuxième langue au lycée). L’année suivante, j’ai fait 1ere année Langue Etrangères Appliquée Anglais et Allemand à Chambéry, ce fut un échec total.

De 2008 à 2010, j’ai passé un BTS Vente et Production Touristiques à Grenoble, diplôme visant à devenir agent de voyages.

En 2010-2011, j’ai fait un Bachelor Management du Tourisme à Lyon avec un deuxième semestre à Poznan en Pologne (ERASMUS). C’était mon premier long séjour à l’étranger. J’en rêvais depuis déjà plusieurs années.

J’ai ensuite passé une année sabbatique pendant laquelle j’ai passé 2 mois à la Réunion, puis de nouveau 7 mois à Poznan pour étudier le polonais.

En 2012-2013, j’ai passé un master 1 en Gestion de projets touristiques à Avignon, avec deuxième semestre de stage à Bucarest à Roumanie.

Pour le Master 2, toujours à Avignon, j’ai pu partir en stage à Hanoï (Vietnam) pour le deuxième semestre .

Ma carrière professionnelle a alors commencé, d’abord en tant qu’agent de voyages pour Ebookers.fr à Cracovie (Pologne), puis j’ai été responsable de destination Afrique pour une agence de voyages équestres à Vienne, dans l’Isère.

En 2016-2017, j’ai pu effectuer un voyage de 4 mois en Asie pendant lequel je me suis auto-formé à la création de site web pour entamer une reconversion professionnelle (France). Enfin, depuis 2017, je vis à Koh Chang (Thaïlande) où je travaille comme manager d’un resort.

A partir d’octobre, je prévois de commencer une nouvelle vie en Georgie (le pays) avec mon copain, et pourquoi pas créer notre entreprise.

 

J’aimerais revenir sur ton année sabbatique : avec l’expérience de l’expatriation que tu as maintenant, comment considères-tu les 2 mois passés à la Réunion ?

Mes deux mois à La Réunion se sont plutôt bien passés. Je n’ai pas travaillé, c’était juste des vacances pendant lesquelles j’étais logée chez des amis (qui eux travaillaient). Je ne serai donc pas en mesure de parler des conditions de travail. Par contre, c’est sûr que j’ai ressenti un dépaysement en étant là-bas. Les paysages et le climat jouent beaucoup, mais pas que. L’alimentation change aussi énormément. Comme la plupart des produits sont importés, il faut réapprendre à faire ses courses pour ne pas exploser le budget. Fini les salades tomate-mozzarella, on se met à la salade d’avocat, bien plus locale.

A la Réunion

Je pense que La Réunion est un bon compromis pour les personnes qui souhaitent mettre un peu plus de soleil dans leur vie, sans pour autant vivre toutes les galères administratives qui riment avec une installation à l’étranger (permis de travail, carte de résident, barrière de la langue et autres joies).

 

Tu as passé plusieurs mois à Poznan, destination moins touristique qu’Hanoi Koh Chang ou la Réunion, comment s’est passée ton insertion là-bas ?

Pour mon premier long-séjour à l’étranger, je suis allée à Poznan en Pologne dans le cadre de mes études (vive le programme ERASMUS). Mon dossier a été accepté seulement 2 semaines avant le début des cours, donc je n’ai pas vraiment eu le temps de me préparer.

Comme c’était ma première installation à l’étranger, ça a été plutôt laborieux, mais vraiment formateur. A mon arrivée, il faisait -20°C (température normale de février). Je ne parlais pas un mot de polonais, je ne comprenais rien aux lignes de bus. J’ai arpenté la ville en long en large et en travers à pied malgré le froid pour visiter des appartements et trouver une coloc’. Ensuite, l’université a perdu mon dossier. J’ai donc dû recommencer mon inscription et j’ai raté toutes les soirées d’intégration. C’était galère, mais au final, j’ai appris à me débrouiller par moi-même et j’ai été poussée à vaincre ma timidité en allant à des soirées seule pour rencontrer du monde.

A Poznan, Pologne

Si on m’avait dit que j’allais vivre tout ça, j’aurais sûrement hésité à deux fois avant de partir, et au final, je ne regrette rien. Je suis même fière d’avoir surmonté ces épreuves. Et en plus, grâce à ce choix de partir en Pologne (totalement irrationnel), je suis tombée en amour pour les pays d’Europe de l’Est, devenus aujourd’hui ma région de cœur.

 

Tu es visiblement très attirée par les pays de l’est de l’Europe peux-tu expliquer ce qui t’attires là-bas ?

C’est un tout. J’aime les cultures slaves en général. Ce sont des cultures à l’opposé des latins. Les gens sont plutôt froids au premier abord, mais une fois qu’on entre dans leur vie, ils deviennent des amis loyaux et dévoués. Il faut juste savoir briser la glace.

Autre point que j’aime : le mélange architectural et le street art. On trouve bon nombre de vieux bâtiments délabrés à explorer, dont certains sont devenus des bars artistiques, comme les célèbres bars en ruines à Budapest. On parle beaucoup de Berlin pour la culture alternative, et on oublie souvent les nouvelles destinations comme Belgrade, Sarajevo, Bucarest ou Cracovie.

A Bucarest, en Roumanie

Et pour finir, j’ai un gros faible pour la gastronomie de l’Est. Que ce soit des pierogis polonais, des cevapi bosniaques, du borsch ukrainien ou des papanasi roumains, même combat. Je n’en fais qu’une bouchée.

 

Comment t’est venue ton idée de partir en Géorgie ?

Après presque 2 ans en Asie, l’appel des cultures d’Europe de l’Est se fait sentir. Et comme mon copain ne peut pas travailler en Europe car son passeport sud-africain lui ferme les frontières, on a décidé de tenter notre chance en Géorgie. Aucun de nous n’y est déjà allé, mais on est super excités. La gastronomie à l’air à tomber, le pays offre un mélange de littoral et de hautes montagnes parfait, et c’est surtout un des rares pays qui nous ouvre les portes à tous les deux. Alors pourquoi pas ?

 

En ce qui concerne ton M2 à Hanoi, est-ce que cela a été ton 1er contact avec l’Asie ? Comment t’es-tu sentie à Hanoi ? As-tu été bien intégré dans l’entreprise de ton stage ? 

Mon séjour à Hanoï a été mon deuxième contact avec l’Asie. Avant ça, j’étais déjà allée au Japon, mais juste en voyage. Et le Vietnam est bien différent du Japon.

J’ai passé quatre mois à Hanoï dans le cadre d’un stage de fin d’études. Ma mission était de développer une stratégie marketing en vue de créer des partenariats entre des agences de voyages françaises et la petite agence locale où je travaillais. Il y avait une seconde stagiaire française avec moi, qui elle travaillait sur le marketing en B2C. Le reste de l’équipe était vietnamien, francophone pour une partie.

A Hanoi, Vietnam

L’intégration dans l’entreprise a été difficile. Je ne connaissais rien à la culture d’entreprise locale. C’est mon erreur. J’aurais du mieux me préparer. J’ai sous-estimé les différences culturelles et j’ai commencé à travailler comme je l’ai toujours fait en Europe. Du coup, mon comportement a été mal interprété par la direction. Par exemple, je ne savais pas que pour faire bonne figure, le temps passé au bureau compte beaucoup. Les vietnamiens travaillent de longues heures, mais ils ne vont pas être concentrés à 100% pendant tout ce temps. La partie sociale est très importante. Alors qu’en France, on va généralement chercher à être productif pour ne pas devoir passer sa vie au bureau jusqu’à tard le soir.

Au-delà de la vie de bureau en elle-même, ma mission était à cheval entre deux cultures. Je devais promouvoir une entreprise vietnamienne sur le marché français. Il fallait donc combler d’une part les attentes des professionnels français, et d’autre part justifier mes choix à la direction vietnamienne qui ne voyait pas toujours les choses sous le même angle. Sur le moment, j’ai assez mal vécu cette expérience. Je ne me sentais ni écoutée, ni valorisée. Donc j’ai réagi au choc culturel par la force, en cherchant à imposer mes idées pour me faire une place. C’était une belle erreur puisque j’ai juste obtenu l’effet inverse. Le patron m’a rendu la vie dure.

Petit conseil à tous les futurs expats, quel que soit votre pays d’adoption : renseignez-vous sur la culture d’entreprise locale et acceptez de remettre toutes vos idées en question. Cela peut paraître évident à première vue, mais ça l’est moins quand on a la tête dans le guidon et que notre système de valeurs tout entier se sent vaciller.

 

Enfin, peux-tu expliquer en quoi consiste ton travail à Koh Chang ? Ton intégration dans la vie locale et professionnelle ? On dit souvent que la Thaïlande est un pays plutôt facile à vivre pour les expats, confirmes-tu ? 

Je travaille actuellement comme manager d’un resort et restaurant avec mon copain. On gère une équipe de 9 personnes, tous d’origine thaïe et cambodgienne. Nous sommes donc confrontés au quotidien à la barrière de la langue et de la culture. Il y a d’un côté le travail de management d’équipe, et d’un autre le travail avec les visiteurs venant du monde entier, et donc ayant des attentes bien différentes. C’est très formateur de travailler dans un environnement aussi multiculturel. On en apprend tous les jours.

A Koh Chang, Thaïlande

Cette fois, j’ai appris de mes erreurs commises au Vietnam. J’adapte ma manière de travailler à la culture des employés et à la vie insulaire. On oublie les incentives pour booster la productivité et on se met à vivre au rythme des îles. On accepte que toute tache prendra bien plus de temps à accomplir qu’en Europe, mais si on met trop de pression rien ne sera fait. Alors on reste patient et on mise plutôt sur la qualité. Du coup, le travail devient un plaisir et on stresse beaucoup moins.

Concernant l’intégration en Thaïlande, c’est plus facile qu’au Vietnam, mais comme toujours, il ne faut pas sous-estimer les différences culturelles. De mon côté, j’étais déjà sur place depuis plusieurs mois quand j’ai commencé à travailler. Je savais donc à quoi m’attendre. Par contre, si on arrive tout juste d’Europe pour travailler, il va falloir un certain temps d’adaptation.

Généralement, on se fait très vite à la vie en tongs, au pad thaï et aux cocotiers. Ce qui prend plus de temps, c’est l’intégration avec les locaux.

Les thaïs sont plutôt faciles à aborder, mais il va falloir faire ses preuves dans le temps pour créer de vraies relations. Il faut prouver qu’on en vaut la peine. C’est encore plus vrai sur les îles où les locaux voient des centaines d’étrangers venir et repartir. Au début, on est juste un « farang » (étranger) de plus venu pour avoir la belle vie. Et au fil du temps, si on travaille bien, les gens finissent par nous accorder leur confiance. Tout est question d’efforts et de patiente.

Si je devais donner un conseil aux personnes qui envisagent de s’installer en Thaïlande : Allez-y, foncez. Soyez curieux, ouverts et patients. Faites-vous un groupe d’amis thaïs et un groupe d’amis expats. De cette manière, vous trouverez toujours du réconfort quand la vie locale devient pesante.

 

Merci beaucoup à Fany et à bientôt pour une nouvelle histoire d’expat !

 

 

 

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