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Numérique éducatif : êtes-vous prêts pour un grand retour en arrière ?

Depuis des décennies, plans d’équipements et injonctions ministérielles poussent toujours davantage vers une école où les technologies auraient leur place et apporteraient leurs plus-values. Après moults démarches infructueuses et des sommes colossales qui dorment ou ont dormi dans du matériel rapidement devenu obsolète, petit à petit, le numérique fait dorénavant de plus en plus partie du quotidien de nos enfants dans les classes. Et pourtant, il se pourrait qu’un grand retour en arrière vienne balayer tout ceci…

 

Le numérique éducatif aujourd’hui

Difficile de faire un portrait fidèle du numérique dans les classes aujourd’hui tant les situations sont diverses selon les établissements. Mais voici ce que je recueille de mon expérience.

Le premier degré

Dans le premier degré, les maternelles sont plutôt peu équipées. Quelques tableaux blancs interactifs sont présents dans les classes et parfois des séries de tablettes, parfois réservées à l’usage des enseignants qui peuvent, par exemple, prendre en photo ou filmer des activités ou encore, utiliser des applications d’évaluation des élèves.

En élémentaire, les tableaux blancs interactifs sont plus nombreux et très appréciés des enseignants.

Suite au plan ENR de 2009, de très nombreuses d’écoles rurales puis urbaines ont été équipées de classes mobiles d’ordinateurs. Il se trouve que ce matériel a peu été utilisé. On a pointé du doigt la lenteur du matériel, les batteries parfois rapidement peu performantes, le manque de formation… La réalité est aussi que ce matériel, limité à 10 postes par école, ne pouvait être utilisé qu’avec des fonctionnements pédagogiques de type “ateliers tournants”, pas forcément faciles à mettre en place et réservés à des enseignants innovants.

Souvent de bonne volonté, les communes ont remplacé ce matériel et depuis quelques années, ce sont les tablettes qui raflent la mise. Pratiques, légères, rapides à allumer, faciles à mettre sur un coin de la table, c’est un compagnon numérique qui a trouvé sa place plus facilement dans les  classes. Il est indéniable que pour les enseignants et les élèves, leur usage est plus plaisant mais parfois, la petite taille de l’écran et le système d’exploitation trop fermé et guidant, limite les potentialités.

Les ENT (Espaces Numériques de travail, genre de site internet de l’école mais avec un accès individuel) ont font leur apparition dans les écoles depuis 2009 et ils se sont beaucoup améliorés. Plus fluides et conviviaux, ils permettent énormément de choses ; mais ils sont sous utilisés, la plupart du temps limités au rôle de cahier de vie numérique.

Enfin, avec l’apparition dans les programmes de 2015 d’une initiation à la programmation, petit à petit, des robots et applications de programmation font leur apparition et poussent encore plus les enseignants à accepter ce matériel dans les classes.

 

Le second degré

Dans le second degré, il faut reconnaître qu’à part de rares cas, le matériel numérique est peu utilisé. Et si c’est le cas, dans des salles informatiques où l’on va faire de l’informatique. Bref, des pratiques d’une autre époque. Des ENT sont mis en place depuis 2008. Pourtant, leur usage est limité au dépôt de quelques documents et des notes. Pour donner une idée, nos deux ados cumulent 10 ans de second degré à eux deux et je n’ai jamais vu sur leur ENT ne serait-ce qu’un fichier audio ou un lien vers une vidéo pour écouter de l’anglais…

On le voit, les financeurs ont plutôt été généreux et nos établissement scolaire possèdent du matériel dont l’usage se développe doucement en classe.

 

Pourquoi tant de moyens pour le numérique éducatif ? Parce que le numérique est censé apporter de nombreuses plus values pour l’enseignement mais également limiter la fracture numérique.

 

Plus-values du numérique et réduction de la fracture numérique

Le numérique est un peu la baguette magique des derniers programmes. Fil rouge des réformes de 2015, le numérique est mis en avant pour favoriser la réussite de tous, permettre aux enseignants de mener des pratiques innovantes, aider à gérer les handicaps, développer l’autonomie mais aussi le travail collaboratif…

Il n’aurait que des avantages, avantages pourtant rarement clairement mis en avant par quelque chercheur que ce soit.

Apprendre par et avec le numérique à l’école, c’est aussi s’ouvrir aux métiers de demain, apprendre à utiliser à bon escient le numérique, se préparer à être un futur citoyen dans un monde toujours plus connecté.

Car la crainte des pouvoirs publics alors, était que se creuse un fossé entre des jeunes “favorisés” qui auraient accès au numérique, et donc indirectement à la culture, aux informations, aux usages numériques du quotidien et des jeunes “défavorisés” qui n’auraient pas accès à tout cela, tablettes et smartphones étant des produits d’un prix conséquent et dont l’usage raisonné s’apprend.

Mais il est arrivé quelque chose de plutôt inattendu… La fracture numérique prévue n’a pas eu lieu. Et c’est une autre fracture qui émerge doucement mais sûrement.

 

Une autre fracture numérique

Aujourd’hui, le taux d’équipement d’un smartphone des jeunes de 16 à 25 ans est quasi de 100%. Il n’est pas rare de compter 10 élèves de CP par classe posséder un smartphone ou une tablette.

Tous les parents ont un smartphone. Certains n’ont pas de connexion chez eux mais tous ont un forfait 3G. Il y aura toujours des exceptions mais cela reste marginal.

L’immense majorité des jeunes d’aujourd’hui sont équipés et savent utiliser un smartphone. Malgré l’utilisation d’appareils numériques bien inférieure à celle espérée par les décideurs de l’Education Nationale dans les classes, la fracture numérique n’a pas eu lieu. 

En fait, si. Mais une autre.

Dorénavant, il y a deux types de profils d’élèves.

Ceux dont les parents limitent le temps d’écran de leurs enfants et discutent régulièrement du côté pernicieux des réseaux sociaux, de la surexposition individuelle, des dérives commerciales, des utilisations des données, des problèmes liés à l’identité numérique, des “fake news”, du cyber-harcèlement…

Et les autres. Laissés avec un smartphone dans les mains sans limite. Qui envoient des “snaps” jusqu’à 1h du mat’ pour avoir des flammes. Qui visionnent en s’endormant des vidéos YouTube de gaming. Et qui postent des photos d’eux ou d’autres sur insta ou facebook sans avoir idée du nombre de personnes qui pourront la voir, de l’image qui cela donne d’eux. Sans avoir conscience de l’identité numérique qu’ils sont en train de se construire. Des jeunes qui rentrent dans le système de “récompenses” des réseaux sociaux. Plus de publications pour plus de “likes” pour plus “d’amis” pour toujours plus de temps connecté pour être toujours plus ciblé par les publicitaires.

Comme souvent, le contre-courant vient des Etats-Unis. Et il pourrait encore plus accentuer cette fracture.

 

Le grand retour en arrière ?

Des parents inquiets

Aux Etats-Unis, au Canada et dans de nombreux pays dits occidentaux, des parents s’inquiètent. Leurs enfants passent toujours plus de temps sur des écrans.

En 2018, 33% des 15-18 ans passent plus de 4h par jour sur les smartphones. La moyenne s’établit probablement autour des 2h30 par jour. Si on enlève le temps de sommeil, des repas, des activités extra-scolaires et de l’école, on constate que nos enfants ne font finalement quasiment plus que ça.

Une activité proche de l’addiction qui a des répercutions sur la concentration, le sommeil, les relations sociales etc…

Alors ces parents, souvent eux-aussi bien trop accros à leur smartphone, discutent (surtout sur les réseaux sociaux!) et essaient de limiter le temps passé de leur progéniture sur ces engins. C’est même devenu un des principaux sujets de tensions entre parents et enfants. 

Cette volonté de rompre avec le numérique, certaines écoles privées l’ont bien comprise. Aux Etats-Unis notamment, où tout le monde a entendu parler des patrons de la Silicone Valley qui ont admis ne surtout pas vouloir que leurs enfants apprennent avec le numérique. Et même s’il s’agit probablement plus d’une anecdote que d’un fait totalement avéré, le nombre d’écoles qui promet une pédagogie sans numérique augmente. Et ces écoles ont la côte.

On commence à retrouver aux Etats-Unis une école à deux vitesses.

Des écoles populaires publiques où le numérique envahit les classes. Dès la maternelle, les élèves se retrouvent avec des tablettes, parfois une par élève, sur des temps importants en classe.

Des écoles pour les classes sociales aisées qui elles, paient pour que leurs enfants apprennent avec des livres, des cahiers et surtout, sans numérique.

Alors qu’en France on est toujours à vouloir proposer toujours plus de numérique à l’école, aux USA, c’est le virage à 180. La technologie est devenue l’ennemi à combattre. On vantait il y a peu ses plus-values pour les apprentissages. Maintenant sont mis en avant des établissements qui se vantent de ne surtout pas utiliser de technologie !

 

Et la France alors ?

Qu’en sera-t-il chez nous en France ? Les Etats-Unis sont souvent considérés comme précurseurs, qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises choses. La liberté exacerbée du système éducatif pousse certainement à des extrêmes qui n’auront, espérons-le, pas lieu en France.

Toutefois, cela pousse à réflexion. Après tant d’efforts à essayer d’introduire le numérique dans les classes, faut-il revenir en arrière ? Est-il judicieux de rajouter du temps d’écran à l’école ? L’école pousse-t-elle nos enfants à utiliser leur smartphone encore plus ?

Tant de questions restent sans réponses. Nous avons encore si peu de recul quant à la révolution numérique que nous vivons.

Quel impact ont réellement ces nouvelles technologies sur nos enfants ? L’addiction est-elle à craindre ? 

Les résultats des études internationales montrent des scores toujours plus décevants pour notre école de la République. Est-ce que le numérique peut réellement contribuer à les améliorer ? Les enfants ont-ils encore envie d’apprendre ? D’ailleurs, apprend-on encore de la même façon ? Le numérique a-t-il tant modifié notre monde que l’école en sera forcément bouleversée ? L’école est-elle encore adaptée, sous sa forme actuelle, aux enfants d’aujourd’hui ?

Je ne sais si ce grand retour en arrière aura lieu. Il est possible que bientôt, des parents feront entendre leur voix et contesteront une utilisation du numérique en classe. Que des pratiques qui semblaient innovantes avec le numérique soient vues d’un mauvais oeil par des parents qui souhaitent éduquer leur enfants sans numérique.

L’avenir nous le dira…

 

Et vous, comment voyez-vous l’école du futur ?

 

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